Mardi 22 Août 2017
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Les Millenials existent-ils vraiment ?
Les Millennials, cette fameuse génération Y, existent-ils vraiment ? La Fabrique de la Cité s'est attelée à un travail de déconstruction en règle du stéréotype du « Millennial », à savoir un jeune ultra-connecté, cosmopolite et métropolitain, vert, engagé et détaché de l’idée de propriété. 

Ceux qui se seront aventurés à taper les mots « Are Millennials/la génération Y est-elle … » dans la barre de recherche de Google pourront le confirmer : la génération née entre 1980 et 1995, considérée comme paresseuse, égocentrique et gâtée, fait l’objet des critiques les plus virulentes. Réfractaire à l’autorité, elle passerait d’un emploi à l’autre tous les ans sans plus de cérémonie, ne saurait plus communiquer avec son prochain et ne s’intéresserait qu’à elle-même. Comment peut-on prétendre représenter une génération forte de centaines de millions d’individus aux modes de vie, identités et circonstances économiques incomparables par une figure aussi manifestement minoritaire, aussi stéréotypée que celle du « Millennial » ? Aller au-delà du stéréotype, assumer la complexité, introduire de la rationalité dans nos analyses souvent ultra-subjectives et affectives de cette « génération », tels sont les objectifs que La Fabrique de la Cité.

Parmi les idées reçues souvent attachées aux Millennials, citons, pêle-mêle, leur amour des transports en commun, leur préférence pour la cohabitation (motivée par de nobles idéaux de partage !), leur appétence pour les tiers-lieux ou encore leur attachement à la protection de l’environnement. Pourtant, il n’y a rien là de générationnel. Ce que révèlent les travaux de La Fabrique de la Cité, c’est :
  • les comportements attribués à ceux que l’on appelle « Millennials » sont ceux d’un sous-groupe minoritaire (les jeunes diplômés, aux revenus élevés, disposant des ressources nécessaires pour s’établir dans les centres-villes de grandes métropoles).
  • les usages de ces jeunes, loin d’être apparus spontanément chez cette génération que l’on décrit volontiers comme radicalement différente des précédentes, sont tous tributaires de multiples facteurs indépendants de l’appartenance générationnelle : des niveaux d’éducation très disparates conditionnant l’accession à la propriété et une conjoncture économique défavorable marquée par des difficultés d’accès à l’emploi (ainsi la proportion d’individus propriétaires de leur logement aux Etats-Unis, toutes générations confondues, est-elle à son niveau le plus bas depuis le début des années 2000, tandis qu’en France, l’accession à la propriété est en baisse chez les plus modestes depuis les années 1980) ou encore la capacité de s’impliquer dans la vie civique.
  • l'existence d'une conscience écologique chez les Millennials reste à démontrer : premiers adeptes des nouvelles technologies, les jeunes semblent méconnaître entièrement les effets environnementaux très lourds de leurs pratiques numériques.
Le propre des légendes urbaines est d’offrir la métaphore des espoirs et des angoisses que nourrissent les sociétés qui les voient naître. La légende des Millennials ne déroge pas à cette règle, en donnant davantage d’informations sur nos sociétés et sur nos réactions aux mutations qui les traversent que sur nos jeunes eux-mêmes. Lorsque nous fustigeons un jeune impatient, narcissique et désemparé lorsqu’il ne capte plus le wifi, ne nous livrons-nous pas à notre propre autocritique ?

Publié le vendredi 3 février 2017
SQ 250-300
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