Jeudi 17 Mai 2012
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En avez-vous assez des présentations PowerPoint ?
Par Nicolas Esposito (UTC de Compiègne)

Vous connaissez sans doute au moins l'une de ces deux situations...

La première... Vous arrivez en réunion avec votre ordinateur portable (comme tous vos collègues présents), l'un de vous passe cinq minutes à essayer de faire fonctionner le vidéo projecteur, puis il commence sa présentation en faisant défiler des transparents PowerPoint surchargés de texte. Comme vos collègues, vous n'écoutez rien, vous jetez un coup d'oeil de temps en temps sur l'écran pour voir où l'on en est (au cas où quelqu'un vous pose une question) et vous préparez sur votre ordinateur les transparents PowerPoint que vous allez présenter dans la réunion d'après. À la fin, pas de questions, tout le monde se quitte, l'air très satisfait, en demandant à l'orateur du jour : « Intéressant, tu m'enverras ta présentation ! »

La seconde situation... Vous arrivez en amphi et le prof commence à faire défiler les transparents PowerPoint. Quand un transparent s'affiche, vous le lisez rapidement puis vous vous replongez dans la lecture du magazine des étudiants de votre université. La fois d'après, vous ne venez pas en cours car vous avez téléchargé tous les transparents du semestre sur le site Web du prof. En travaux dirigés, il vous demande un exposé. Vous faites quelques copier/coller depuis des présentations récupérées sur le Web et vous maquillez le tout dans PowerPoint. Le jour de l'exposé, vous êtes si fier des transitions entre vos transparents que vous ne vous rendez pas compte que personne n'écoute, pas même le prof. À la fin, il vous dit : « Intéressant, tu m'enverras ta présentation ! »

Comment en est-on arrivé là ? Comment rattraper le coup ?

C'est un sujet passionnant. La pratique des présentations PowerPoint (ou autre logiciel du même type) est tellement ancrée dans notre culture contemporaine que l'on ne voit pas vraiment comment faire autrement, comment échapper aux transparents avec listes à puces et petites images (voir illustration).

On peut retenir de ces études principalement deux points, finalement évidents :
1. Le contenu présenté sur des transparents n'est généralement pas développé, c'est en quelque sorte un plan détaillé.
2. La structure des listes ne rend pas compte de toutes les relations qu'il y a entre les éléments.

Prenons un exemple pour illustrer ce second point. Si l'on a la liste suivante :
- a
- b
- c

On ne sait pas a priori quel sens y donner. Voici quelques possibilités :
- a puis b puis c ;
- a donc b donc c ;
- a puis b donc c ;
- a et b donc c ;
- a ou b ou c.

Mais tout cela est bien pratique... C'est rapide à faire (sauf si l'on passe trois heures sur les animations) et c'est largement ouvert à la discussion. Si l'on vous questionne sur un point, vous pouvez argumenter dans un sens ou dans l'autre en fonction de votre interlocuteur. Et si l'on regrette que votre document ne soit pas plus complet, il vous reste l'une de vos tirades préférées : « Oui mais tu sais, ce n'est qu'un support de présentation... »

Alors posons-nous une question : qui a vraiment besoin de lire des listes à puces en écoutant une personne parler ? Quand le transparent s'affiche, on le lit (plus ou moins vite) et l'on détache ainsi son attention de l'orateur, au moins en partie.
Quand le transparent s'affiche, l'orateur peut entrer en concurrence avec ce transparent :
il peut essayer de le développer aussi vite que vous le lisez ! Quand le transparent s'affiche, les listes à puces prennent beaucoup de place et les illustrations revendiqueraient volontiers le mode plein écran...
Oui mais voilà, ces listes à puces aident l'orateur à structurer son discours et elles aident l'audience à suivre ce discours qui, sinon, pourrait sembler bien confus.

Pour résoudre ce paradoxe, je me suis proposé une petite expérience dans le cadre de mon activité d'enseignement. Au cours des derniers semestres, j'ai alterné cours avec listes à puces et cours sans listes à puces de la façon suivante :
- cours avec listes à puces : plan du cours, listes à puces, illustrations et la moitié des schémas à l'écran, l'autre moitié des schémas au tableau ;
- cours sans listes à puces : illustrations en plein écran, pas de listes à puces, plan du cours et tous les schémas au tableau.
Les résultats sont assez nets : lors des cours sans listes à puces, les étudiants sont plus attentifs, plus nombreux, ils prennent plus de notes et leurs résultats sont supérieurs.

Dans un second temps, je leur ai proposé un questionnaire pour leur demander leur avis sur les diverses modalités de communication employées en cours, sur le fait de communiquer les supports de présentation en guise de polycopié et sur ce qu'ils préféreraient comme type de polycopié. Là aussi, les résultats sont assez nets :
- ils aiment beaucoup les listes à puces, mais souhaitent les illustrations en plein écran ;
- ils sont très heureux d'avoir les transparents imprimés, mais souhaiteraient finalement avoir un résumé du cours comme polycopié.
Concernant la première partie des résultats, je dois préciser que les étudiants n'ont pas été sensibilisés au sujet avant de répondre au questionnaire. Il est donc logique qu'ils valident une pratique qu'on leur enseigne et qu'ils ont connue dès le début de leurs études (ou même avant). Quant à la seconde partie des résultats (le polycopié), il y a donc une contradiction. D'un côté, il y a la facilité : des notes déjà imprimées (les listes à puces), que l'on peut éventuellement annoter. Et de l'autre, il y a sûrement la perspective de l'examen : un texte rédigé, certes incomplet, mais qui peut servir de base à la compréhension.

Le point sensible est là. Un support de présentation ne correspond finalement qu'aux notes personnelles de l'orateur. En communiquant ce support, par exemple comme polycopié pour ses étudiants ou par e-mails à ses collaborateurs, il leur transmet un document non autonome qui les incite à ne pas faire leur propre travail de prise de notes, donc d'appropriation du contenu, donc de compréhension. Alors que faire de ces listes à puces ? Réponse : que l'orateur les garde pour lui. Ainsi, il pourra en profiter sans qu'elles lui fassent concurrence. Ainsi, l'audience sera plus attentive et fera son propre travail d'appropriation. Ainsi, les illustrations passeront en plein écran. Ainsi, les supports de présentation ne seront plus communiqués et l'on pourra leur préférer un résumé qui pourra servir de base à la compréhension puisque, le texte étant rédigé, les relations y seront explicites (puis, donc, et, ou, etc.).

Vous l'aurez compris, nous militons ici pour une communication sans listes à puces et nous vous invitons donc à faire vous-même l'expérience lors de votre prochaine présentation. L'exercice est simple : déplacez les listes à puces vers les notes qui se trouvent en dessous de vos transparents et passez vos illustrations en plein écran.
Ainsi, grâce au mode présentateur de PowerPoint ou à l'affichage de l'intervenant de Keynote, vous verrez ces listes (vos notes) sur l'écran de votre ordinateur, mais l'audience ne les verra pas et elle vous écoutera... Vraiment ! (Pour aller plus loin, vous pouvez même insérer des transparents noirs entre les illustrations pour que l'attention soit bien portée sur vous quand il n'y a pas d'illustration à commenter.)

Nicolas Esposito (UTC Compiègne)

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Parmi les études du problème, on peut par exemple se tourner vers celles-ci :

- Shaw, G., Brown, R. & Bromiley, P. (1998). Strategic Stories: How 3M is Rewriting Business Planning. Harvard Business Review, 76. http://www.hbsp.harvard.edu/b01/en/common/item_detail.jhtml?id=98310 (6,00 $)

- Tufte, E. R. (2003). The Cognitive Style of PowerPoint. Graphics Press. http://www.edwardtufte.com/tufte/books_pp (7,00 $)

- Haladjiai, R. (2003). Devenez beau, riche et intelligent, avec PowerPoint, Excel et Word. Éditions d’Organisation. http://www.editions-organisation.com/Chapitres/9782212282962/ haladjian2.pdf (gratuit)

Publié le jeudi 10 février 2005
Les commentaires

En tant qu'élève à l'Université, où l'ère des Powerpoint est à son sommet je peux vous confirmer que ce n'est pas en mettant un power point à l'arrière du professeur que je fais une écoute active de qualité. En fait c?est tout le contraire, les diaporamas à l'école sont des facteurs de paresse pour les étudiants puisqu?il est maintenant possible pour eux de rester à leur domicile toute la durée du semestre pour finalement obtenir toutes les diapositives sur le site du professeur. En plus, les cours magistraux avec les supports visuel Powerpoint deviennent inintéressants et élimine toutes formes d?attention. Avons-nous réinventé l'école ou l'avons nous abolie? Voilà la question qui me vient en tête.

Par Josiane Robitailel le 03/11/2008 à 08:15

Powerpoint ou non ! à mon avis le coeur du problème ne se situe pas uniquement dans le fait d'utiliser ou non cet outil bureautique. Après tout Powerpoint n'est qu'un moyen.

A mon sens, le coeur du problème se situe ailleurs, par exemple dans l'adéquation qui doit exister entre orateur et auditoire tant d'un point de vue relatif au message à transmettre qu'à la façon de transmettre celui-ci.

à mon sens toujours, il faudrait tenter d'objectiver la réceptivité de l'auditoire à l'information transmise en réarticulant autant que possible, celle-ci à l'étude de l'adéquation aux codes sociaux, verbaux, etc. employés par l'orateur face à son public.

La représentation des acteurs par rapport à la nature des lieux ou sont dispensés les enseignements, les représentations des acteurs les uns par rapports aux autres sont aussi à considérer et/ou à tenter d'objectiver.

Il en est de même pour la représentation que peuvent construire les acteurs d'un système autour du message qui doit être communiqué.

C'est en tentant d'analyser tous ces paramètres "entre autres" que l'on peut à mon sens commencer à envisager la mise en oeuvre de moyens pour qu'un binome orateur/participants puisse atteindre des objectifs de formation préalablement clairement définis et connus de tous.

à mon sens, il faut aussi au-delà de l'unique considération de l'outil bureautique, tenter de mettre en oeuvre des moyens d'évaluations susceptibles de tenir compte des paramètres évoqués précédemment, cela demande de la compétence, du temps et de la volonté.

Tout reste à faire. ;-)

René-Pierre ALMERAS / formateur Powerpoint / http://www.renepierrealmeras.com

Par René-Pierre ALMÉRAS le 16/12/2007 à 12:11

Je suis tout à fait d'accord avec une partie de votre propos : les diapositives surchargées de texte nuisent à la qualité de l'écoute et de la compréhension, et encouragent les étudiants à sécher les cours. De plus le fait qu'elles soit présentées dans un certain ordre n'en fait pas de l'information structurée.

La solution que vous proposez me laisse d'autant plus perplexe : vous préconisez la paresse pour l'orateur seulement, qui continuerait d'utiliser les confortables petites listes à puces à son usage exclusif, et laisserait tous les efforts à l'auditoire.

Non non. Soit vous maitrisez votre sujet, arrivez avec les illustrations (graphes, diagrammes) pour tout support, et êtes capables de structurer votre propos parce que vous avez construit le cours vous-même et avez répété au préalable. Bref vous avez une valeur ajoutée : vous faites une bonne synthèse.

Soit vous restez chez vous, les étudiants aussi, et vous mettez en ligne des références d'ouvrages ou articles écrits par de vrais experts en la matière.

Personnellement ma préférence va à la deuxième option : on supprime le temps perdu dans les transports, réduit la pollution, limite la déformation de l'information et discrimine efficacement les étudiants capables de faire une synthèse de ceux qui ne le sont pas.

Par Corwin le 10/08/2006 à 01:35

Bonjour,



PowerPoint ne donne pas à son auteur une compétence pédagogique !

Un pédagogue fera de cet outil un véritable auxiliaire pédagogique, il saura le faire "parler" pédagogie.



Par Gachignard de Lille le 05/12/2005 à 12:42

Je sors d'un séminaire professionnel où 80 % de la communication s'est fait sous forme de présentation Power Point. Etant du côté des "animateurs" je n'ai pas eu à subir ces exposés. Mais il est frappant de constater la quasi absence de prise de note parmis les 35 "auditeurs" qui attendent tous que leur soit adressées ces présentations. Que liront-ils ou reliront-ils des plus de 200 slides qui vont leur être envoyés ? Que se sont ils appropriés des raisonnements tenus et des démonstrations faites ? Les quelques nuances, informations complémentaires, illustrations par l'exemple, que quelques orateurs ont pu développer auront disparues et seront restées sans effet.

Dans la pratique et pour complèter vos suggestions, ce sont sans doute les shémas et informations illustratives venant en appuis du propos principal qui ont leur place dans ces présentations qui pour le reste doivent se limiter à des têtes de chapitre.

Merci pour votre analyse.

Par GRAND le 10/09/2005 à 11:54

Il n'y a pas si longtemps, les ingénieurs de la NASA mettait en cause ce fameux Powerpoint, inadapté selon eux à la communication technique et scientifique. Une navette y aurait laissé des plumes (!). On pourrait faire le parallèlle avec la télévision, qu'apprend t'on en 30 Mn de journal télévisé, quelle taille ferait un bon résumé écrit, combien de temps faudrait t'il pour en prendre connaissance .

à confondre communication, information, et formation il y a un risque, car l'auditeur est le réel acteur, c'est lui qui fait le travail (première lapalissade) plus il sera distrait par les moyens de communication employés moins il pourra se concentrer sur le fond (deuxième lapalissade).

C'est parfois le but de la communication, éviter que l'on ne se pose des questions. Dans les autres cas, la façon qu'a l'outil de magnifier son discours, renvoient l'orateur à lui même et à son narcissisme, là n'est pas le but de la manoeuvre (!), que le show soit bon ou mauvais il n'en restera rien, que du spectaculaire, des effets spéciaux.

Ce qui importe c'est le cheminement mental personnel que chacun des auditeurs aura pu accomplir, il faut l'aider à se concentrer pas le distraire, l'inciter à réfléchir pas à consommer...

Personnellement, je pense que l'écriture classique restera, encore longtemps, le meilleur moyen pour exposer et tenter de faire partager (sans pour autant vouloir convaincre) sa pensée. c'est une technologie complexe, mais parfaitement au point, et vous n'avez besoin ni de moi ni de ma présentation pour me relire à votre aise, et y réfléchir à votre guise.

Par Jack le 09/09/2005 à 01:38

j'ai pris un réel plaisir à suivre votre argumentaire.Je le disais souvent entre amis que la liste à puce n'était pas aussi aisée que l'on le croyait car pour pour suivre l'aurateur il fallait en même temps que tu l'écoutais pouvoir tout lire en un temps parfois restrinct.Votre argumentaire est d'autant plus cohérant que elui qui s'en douterait se devrais d'essayer.

merci beaucoup et je vous prie de bien vouloir continuer à faire d'autre recherces

Par ADOU DESIRE le 08/09/2005 à 07:00

j'ai réagis dans mon blog au sujet de votre article…

Voici l'adresse : http://www.ed-productions.com/leszed/ecrire/poster.php?post_id=639

Par delcroix le 27/06/2005 à 08:45

Bonjour, et mùille bravos pour cette analyse superbe et tellement pertinente !! Je réduis de plus en plus - en fonciton des sujets - le nombre des slides, et tout le monde s'en porte très bien !! Par contre, je découvre, au terme de votre article, l'Intervenant (Keynote). Je suppose qu'il n'est disponible que lors d'une présentation, et non sur son propre écran ?

Bien cordialement. Marc

Par VALLETEAU de MOULLIAC le 28/05/2005 à 05:31

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